Abbaye Royale de Saint-Médard

Au Ve siècle, Soissons est une cité importante, carrefour stratégique et commercial majeur entre les villes de Reims, Amiens, Rouen et Paris. Les premiers rois de Soissons, Clotaire Ier et Sigebert, souhaitent disposer d’un lieu de sépulture à proximité de leur capitale. Associer cette future nécropole au prestige de saint Médard va inévitablement faire de l’abbaye un sanctuaire fort fréquenté.

Qui était Saint-Médard ?

La vie du Saint

Entre les rares sources historiques et les récits légendaires, retracer la vie de saint Médard ne s’avère pas chose facile. Il serait né en 456 à Salency, près de Noyon, d’un père noble païen converti et d’une mère romaine.

Très jeune, il montre son attachement pour l’aumône, partage sa nourriture, ses vêtements, guérit les aveugles et les paralytiques…

En 530, il est nommé évêque du Vermandois puis devient le premier évêque connu de Noyon. La vie de Médard, émaillée de miracles et de prodiges à l’intention des nécessiteux, devient vite légendaire. A tel enseigne, qu’au moment de sa mort qui survient le 8 juin 557 ou 558, son corps est amené à proximité de Soissons à la demande de Clotaire 1er.

Le culte de Saint-Médard

Déjà active de son vivant, la dévotion dont fait l’objet Médard ne faiblit pas à Soissons, et cela dès le premier jour de l’arrivée de sa dépouille sur la rive droite de l’Aisne. Son cercueil pesant si lourd, un moment arrive où il est impossible d’aller plus loin. C’est donc dans le fisc royal de Clotaire 1er, près du bourg de Crouy, qu’un premier oratoire de branchages tressés est élevé, avant qu’une église de pierre, la future basilique Saint-Médard, ne le remplace.

En 561, les corps de saint Médard et de Clotaire Ier sont inhumés dans la crypte de Saint-Médard.

L’abbaye Saint-Médard, un patrimoine d’exception

Durant les cinq siècles qui vont suivre sa fondation en 557, l’abbaye Saint-Médard s’affirme comme l’un des centres religieux majeurs du royaume franc puis de l’empire carolingien. Elle rivalise alors avec Saint-Denis ou Saint-Germain-des-Près, bénéficiant d’une protection royale qui la met à l’abri de la convoitise des seigneurs locaux.

Les rois, les souverains, lorsqu’ils sont de passage à Soissons, doivent se rendre à Saint-Médard. C‘est à Saint-Médard que naît la dynastie carolingienne, c’est à Saint-Médard que se réunissent les évêques notamment durant tout le haut Moyen Age. On imagine, eu égard au contexte de sa fondation, une abbaye promise à s’inscrire dans la durée. C’était sans compter avec les tumultes qui ont suivi l’effondrement du pouvoir carolingien. En 1119, Geoffroy Cou de Cerf, nouvel abbé (1119-1131), introduit la réforme clunisienne. Abélard lui est confié, assigné à la résidence dans le monastère à la suite du concile de Soissons en 1121 qui l’avait condamné pour son livre sur la Trinité. Saint-Médard est également un lieu de culture au large rayonnement : les écrits de Gautier de Coincy, grand prieur de l’abbaye, révèlent l’activité intellectuelle du lieu, à une époque où les grands centres de réflexion et d’enseignement se situent alors dans les écoles-cathédrales, telle celle du diocèse voisin de Laon, l’une des plus prestigieuses de son temps.

Saint-Médard est une véritable cité monacale où vivent plus de 400 religieux. L’ensemble s’articule en une basilique, un palais royal, un palais abbatial, plusieurs églises, chapelles, cloître, écoles, préaux, jardins et vignes. Mais avec les invasions normandes, la fuite des moines, les guerres de Religion et peut-être enfin et surtout la Révolution, l’abbaye a été largement malmenée…

UNE NOUVELLE VOCATION

A la veille de la Révolution française, l’abbaye n’est plus occupée que par seize religieux. Vouée à la destruction par les différents propriétaires qui en avaient fait l’acquisition aux enchères le 2 novembre 1791, l’abbaye fait l’objet d’une visite estimative deux mois auparavant. L’inventaire effectué permet de mieux connaître le grand corps de logis. En effet, celui-ci est construit en 1765 sur des structures antérieures. Sur une longueur de 67 mètres, il accueillait vingt-deux chambres. Les éléments de confort se révèlent loin des origines de la vie monastique : la plupart des pièces sont lambrissées, dotées de belles cheminées qui n’auraient pas fait honte dans un hôtel particulier de l’époque. Trois étaient réservées aux domestiques. Au rez-de-chaussée, la salle à manger disposait d’un « très beau poële de faillance ».

LE TEMPS DES RUINES ROMANTIQUES

et de la tannerie
Industriel dans le faubourg Saint-Waast, Nicolas Geslin (1758-1832) fait l’acquisition de l’ensemble abbatial en 1803 s’offrant une nouvelle résidence dans la toute proximité de la tannerie qu’il décide d’installer dans l’ancienne aumônerie de l’abbaye. Il investit le grand corps de logis qui devient le « château » et aménage, dans le goût pittoresque de l’époque, des jardins paysagers. Certains vestiges comme ceux de l’ancien bâtiment des novices se voient augmentés de cinq ouvertures leur conférant un caractère romantique dans l’air du temps. L’accès aux anciens parloirs transformés en chapelle au XIXe siècle est également traité dans le style néo-gothique.

COMPRENDRE LES VESTIGES DE LA GRANDE ÉGLISE

En l’état actuel des connaissances, la datation de l’église dédiée à saint Médard demeure complexe. La régularité observée du système de fondation, homogène sur toute la longueur de l’édifice, prouve l’ambition du programme de construction. Si d’importants travaux sont réalisés en 826 avec l’annonce de l’arrivée des reliques de saint Sébastien, les dispositions de l’église mérovingienne demeurent mal connues. A peine ce chantier terminé, vient le temps de la ruine provoquée par les invasions normandes à la fin du IXe siècle.

En 1131, une dédicace en présence du pape Innocent II laisse supposer l’existence d’une nouvelle église médiévale. En effet, dès les premières années du XIIe siècle, l’abbé Raoul (1094-1119), disposant d’un temporel restructuré et d’un environnement économique favorable, entreprend une reconstruction générale du monastère. Les saccages successifs de l’abbaye, notamment en 1567, fragilisent l’église qui s’effondre d’elle-même en 1621 avant d’être reconstruite en 1630, L’abbaye est alors intégrée à la puissante congrégation de Saint-Maur en 1636.

L’église primitive se composait d’un important bloc de façade de 45 mètres de large, d’une nef flanquée de bas-côtés, de deux tours et prolongée d’un chœur à chevet plat, surmontant le saint des saints : le tombeau de saint Médard. Les vestiges visibles aujourd’hui laissent apparaître en élévation les limites nord de l’église et les bases des piliers séparant la nef des bas-côtés. Un emmarchement signale l’existence du chœur des moines. Le chœur liturgique quant à lui se situait en partie au-dessus de la crypte.

La crypte

Du secret au sacré

Le culte des reliques ou de corps saints a entraîné la création dès le Haut Moyen-Age de cryptes aménagées généralement sous l’autel de l’église principale. Un soin particulier est apporté à l’architecture de ces espaces sacrés, voûtés de pierres qui permettent aux moines ou aux pèlerins d’approcher au plus près l’espace de sainteté. L’accès à la crypte se fait à des jours et heures fixées à l’avance. L’arrivée de reliques romaines au IXe siècle va entraîner d’importants changements liés à des pratiques nouvelles. Les espaces sont alors modifiés afin de permettre d’accueillir des autels dédiés à ces saints accompagnés de statuaire, de châsses reliquaires ou d’images qui sont autant de supports à la dévotion et à la prière. L’inhumation « ad sanctos » constitue un privilège et c’est un fait récurrent chez les princes et les rois comme en témoignent nos rois mérovingiens Clotaire 1er et Sigebert. Est-ce une des raisons de la préservation de la crypte ?

Saint-Médard

SPÉCIFICITÉS DE LA CRYPTE

A Soissons, la présence du corps de Médard constituait une source de renommée exceptionnelle et donc de fréquentation par les fidèles et les pèlerins. C’est sous le chevet de l’église principale que sont aménagés trois caveaux juxtaposés. Un escalier double, au nord et au sud, permettait d’accéder au lieu de vénération laissant ainsi l’espace de célébration disponible pour la communauté. Le grand couloir qui dessert à la fois les trois caveaux et les chapelles orientales est vouté d’arêtes. Les murs sont réalisés en grand et en moyen appareils avec des traces de reprises lors de la liaison avec le couloir central ce qui suggère plusieurs campagnes de construction.

Deux autres salles se trouvent aux extrémités nord et sud du couloir central. Celles-ci disposent d’un ensemble de niches semi-circulaires et contiguës visiblement aménagées postérieurement et dont la fonction reste inconnue. Symbole du lien avec la terre, de purification par l’eau, le puits de Saint-Médard de Soissons n’est pour l’instant pas daté.

Dans les années 1930, un bâtiment s’élève au-dessus de la crypte. L’explosion d’un dépôt de minutions en 1944 le fait disparaître

Archéologie

NOUVELLES MÉTHODES D’ANALYSE

Les fouilles réalisées au début des années 1980 par Denis Defente, aujourd’hui conservateur départemental de l’Aisne, avaient permis de caractériser l’architecture des vestiges de l’église principale et de sa crypte. Afin d’obtenir une datation plus précise de l’ensemble, celui-ci a proposé aux services de l’Etat un nouveau programme de recherche, mis en œuvre à partir de 2018, en partenariat avec la Ville de Soissons et l’association Abbaye royale Saint-Médard. L’année 2019 a été consacrée au développement des recherches documentaires, à l’étude des relations structurelles entre l’église et la crypte, au développement des méthodes d’enregistrement, d’étude et de diffusion des données par numérisation et modélisation 3D et enfin à l’amélioration de la cartographie du site grâce aux prospections géophysiques. L’analyse des mortiers complète ces études ainsi que l’étude géologique et pétrographique des pierres antiques utilisées en remploi dans la construction. C’est l’exploitation croisée de l’ensemble des résultats de ces différentes techniques d’investigation, enregistré dans un Système d’information documentaire et archéologique adapté (CNRS, UMR 8167), qui permettra en 2020 d’établir la stratégie des campagnes de fouilles programmées pour dater cet édifice.

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